On a pu dire : "La laïcité est comme une auberge espagnole, chacun y apporte ce qu’il veut y trouver."
En période où certains veulent donner de la laïcité une idée qui ne correspond aucunement à la sienne, nous avons estimé nécessaire de préciser celle-ci.
La laïcité de l’Ecole et de l’Etat, comme établis par la loi de 1905, avait fait ses preuves en assurant des décennies de paix civile à la République française.
Cependant elle gênait la propagande d’idées irrationnelles et le financement de ceux qui en font commerce. Aussi les détournements de la loi se sont faits de plus en plus nombreux et, dans le même but, la laïcité elle-même s’est vue affublée d’adjectifs tels que "ouverte" (1) voire "plurielle".
Il nous faut donc définir la laïcité que nous défendons fidèles que nous sommes à sa loi fondatrice.
(1) La laïcité sans épithète a toujours été ouverte à tous, saisissons cependant l’occasion pour rappeler le mot de Jean Rostand : "Avoir l’esprit ouvert n’est pas l’avoir béant à toutes les sottises."
Au cours des siècles et aujourd’hui, la démarche laïque nous apparaît comme un cheminement vers la liberté. Mais la liberté absolue n’existe pas ; on ne peut que qualifier des libertés (liberté de dire, liberté de faire,...). Nous préciserons donc :
Notre démarche laïque, c’est le cheminement vers l’explosion des libertés de l’individu.
Pour nous, nul ne peut être libre au côté d’opprimés : la volonté d’élargir les libertés de l’individu s’oppose à l’individualisme.
La condition première pour aller vers cette société de l’individu où chacun sera maître de sa destinée est pour nous la liberté de pensée et son corollaire indispensable pour qu’elle ne soit pas inopérante la liberté d’expression.
L’individu doit se prendre en charge ;
Notre démarche consiste donc à faciliter l’expression des plus faibles, à les accompagner dans leurs actions de libération.
Notre démarche laïque privilégie la liberté future de l’enfant ;
Notre laïcité affirme que celle-ci ne saurait exister s’il était soumis à un conditionnement préalable.
Le long combat laïque, au travers du temps, a fait que ces valeurs sont reconnues ou tout au moins qu’on n’ose guère ouvertement les contester. Par sincérité, nécessité ou tactique..., diverses familles de pensée se sont ralliées à quelques unes de nos valeurs, tout en restant opposées à d’autres qui sont également nôtres. Or la laïcité est une philosophie globale qui ne se divise pas. On ne saurait accepter la laïcité scolaire tout en restant par ailleurs opposé aux libérations économiques et raciales ; de même on ne saurait être pour ces libérations en réfutant la laïcité scolaire.
C’est un fait. Les individus ne sauraient tous penser de la même façon et avoir les mêmes opinions.
Le respect de la liberté de pensée, le respect de "l’autre" nous conduit à admettre les différences pour mieux vivre ensemble.
Mais notre laïcité n’est pas neutralité ; notre conception conduit à combattre les thèses et individus qui s’opposent à nos valeurs, combat mené en excluant toute violence initiale et en utilisant les formes démocratiques.
Ce combat doit être mené, en particulier, contre ceux qui veulent imposer une certitude non scientifique, que leur théorie soit philosophique, politique ou religieuse ; nous traduisons cette affirmation en disant : notre laïcité est antidogmatique.
Ce combat doit être mené pour que cesse toute influence des religions sur le pouvoir politique ; nous traduisons : notre laïcité est anticléricale.
Mais chaque individu est maître de ses pensées, croire ou non en un dieu, pratiquer ou non une religion, être agnostique ou athée ; notre laïcité respecte ses choix : notre laïcité n’est pas antireligieuse. Bien entendu, en dehors de notre association, chacun peut légitimement chercher à convaincre que sa théorie philosophique ou religieuse est la bonne.
Notre démarche nous conduit tout naturellement à condamner toute forme dogmatique ou confessionnelle de l’Etat.
Notre laïcité est universelle mais notre appartenance à une communauté nous conduit aussi à privilégier le "combat" laïque à l’intérieur de celle-ci. Ce combat doit être global ; la démarche laïque ne saurait se réduire à un seul secteur de la société.
Libérer l’individu, aller vers une société exempte de servitudes est un but ambitieux. En dépit de reculs passagers, cependant, l’histoire montre que la laïcité a progressé ; notre conviction est qu’elle progressera encore : la laïcité est une valeur d’avenir.
Pour y contribuer, notre démarche doit évidemment tenir compte du réel, mais tenir compte du réel, ce n’est pas l’accepter, c’est agir sur lui pour aller vers notre idéal, c’est parfois aussi refuser d’accepter un petit pas semblant aller dans notre sens s’il risque d’en empêcher, plus tard, un plus grand.
L’erreur est possible, notre laïcité admet ce droit à l’erreur.
Mais l’incertitude ne saurait être cause de renoncement.
Nul n’est infaillible. Il n’y a pas de Saint-Laïque. L’individu n’est pas parfait. Mais dans notre conception de la laïcité, le laïque est conscient, qu’en s’efforçant de s’appliquer à lui-même ses propres principes, il contribue à son propre changement ; il travaille à son propre perfectionnement comme à celui de la société.
Accepter cette démarche est la seule condition imposée à chacun pour appartenir à notre association.
Accepter cette démarche, c’est exiger que l’Etat s’y conforme.
Accepter cette démarche, c’est exiger pour chaque être, homme, femme, majeur ou mineur des droits propres et non des droits dérivés. C’est en particulier vrai pour l’enfant qui, comme tout individu n’appartient qu’à lui-même... Mais l’enfant n’est pas à même d’effectuer les choix assurant sa liberté future. Nul ne nie la nécessité d’une éducation.
Trois facteurs principaux contribuent à celle-ci : la famille, l’environnement et l’Etat par les moyens qu’il a d’influer sur les deux premiers. Sauf à l’arracher à ses parents - mais ce serait le soumettre à d’autres - l’enfant en subit l’influence : volontaire ou non. Les conséquences de cette éducation sont, du reste, difficilement prévisibles (la formation en séminaire a donné des ministres du culte mais aussi des athées antireligieux convaincus !).
Il est certes simple de dire, et nous le disons, que les parents ont des devoirs et non des droits.
Le premier devoir des parents étant, justement, de respecter la liberté de conscience de l’enfant et de ne pas hypothéquer ses choix futurs en le conditionnant.
Notre association affirme : l’Etat et son expression sous ses différents formes (régions, départements, communes, administrations) doivent être laïques, assurer la présence de structures indispensables (écoles, etc...) en veillant à leur caractère laïque et lorsqu’ils confient au milieu associatif la gestion de certains services veiller au caractère laïque des services gestionnaires.
Toute aide financière de l’Etat et ses structures aux organismes dogmatiques doit être supprimée !
Pour traduire dans les faits son exigence, nous devons intervenir dans le domaine politique.
Nous ne sommes pas un parti politique, n’avons pas d’ambition de le devenir.
Nous ne sommes cependant pas apolitique car tout est politique ; nous nous définissons organisation "de gauche", indépendante des partis.
Sans pour autant chercher à définir la démocratie, les principes laïques le conduisent à choisir la démocratie républicaine, à rechercher la justice sociale et la plus grande égalité entre tous les citoyens.
Nous ne considérons pas que les élections soient le seul moyen d’exercer cette démocratie. Accorder ses suffrages à un homme, à un parti ne constitue pas un blanc-seing :
L’histoire sait que Bonaparte est devenu Napoléon.
Pour nous, le citoyen doit contrôler ses élus.
Pour notre part, rassemblant des citoyens, non des intérêts, nous considérons que nous nous devons de jouer notre rôle de groupe de pression pour inciter le personnel politique à tenir compte de nos inspirations et veiller au respect des engagements pris.
Nous considérons de notre droit et de notre devoir de porter, à la lumière de nos principes laïques, des jugements sur les décisions politiques qui nous semblent toucher à notre compétence.